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Le confinement et la peur – François Choffat

Photo ©Pascal Cottin

Le confinement et la peur – François Choffat, le 30 mars 2020

Comme toute cette peur semble rassurer le monde !  Nous sommes des grands-parents qui ont largement dépassé les 65 ans, date de leur péremption, mais qui ne sont ni pressés ni effrayés à l’idée de franchir leur dernière étape.
Notre refus initial de nous confiner a suscité autour de nous une inquiétude contagieuse qui nous a fait douter de notre choix. Aussi sommes-nous rentrés dans le rang. Et depuis lors nous ne cessons de nous en féliciter, c’est tellement plus reposant pour chacun.
Habitant la campagne, dans une maison avec un grand jardin, entourés de la sollicitude de nos enfants et petits-enfants, nous vivons un confinement doré. Finie la dictature de nos agendas, plus de responsabilités, plus de rendez-vous, plus d’échéances, le temps nous appartient, c’est un sacré cadeau.
Pourtant j’ai envie de crier sur et sous les toits que ce n’est probablement qu’une banale grippe saisonnière, sauf qu’elle se répand très vite ce qui lui donne un visage effrayant. Si bien que nous avons perdu notre liberté et que nos semblables acceptent les consignes les plus restrictives, se soumettant avec reconnaissance aux diktats de la « Science » et de la politique dont ils attendent leur Salut.
Grace à l’exceptionnelle vitesse de déplacement de cette pandémie tout le monde tombe malade en même temps, ce qui en fait la brutalité. La pagaille menace et, par effroi de l’anarchie les Autorités ont « arrêté le monde ». Et contraints de ne rien faire, nous voici désemparés, impuissants. Tandis que d’autres sont débordés et impuissant de ne pouvoir tout faire.
Et pendant ce temps l’immonde pieuvre de la phynance ubuesque, tapie dans son silence, mijote d’astucieuses arnaques mondialisées pour tirer le meilleur profit de ce minuscule virus.
S’agitent aussi les chercheurs dans les laboratoires pharmaceutiques qui investissent des fortunes dans l’espoir de débusquer en premier les oeufs d’or du virus.
C’est ici qu’intervient un savant fou qui sort de son chapeau un vieux médicament quasi gratuit en affirmant naïvement qu’il pourrait résoudre le problème sans difficulté. C’est Didier Raoult Professeur en province. Quelle témérité, il va le payer cher. Quand on est un brillant chercheur en virologie on ne commet pas l’imprudence de défier publiquement ni ses collègues chercheurs en plein travail et encore moins leurs sponsors.
Malheureusement la peur, si bien organisée, fera plus de dégâts que le virus. Toutes ces prévisions macabres contrarient nos défenses immunitaires et rendent plus vulnérables encore les victimes potentielles du virus. En distillant avec une telle insistance la peur de la mort, elles suscitent une incroyable psychose collective qui incite les plus inquiets à exiger des mesures encore plus liberticides.

De cette peur collective pourraient surgir des dictatures, la menace de l’ennemi à combattre justifiant le renoncement aux droits démocratiques. La peur du communisme a enfanté le fascisme et la peur des juifs a fortifié le nazisme.
La peur du corona se rassure par ce renoncement aux libertés les plus élémentaires. Avec ce virus c’est aussi leur totalitarisme qu’exportent les Chinois. Et cette pandémie conforte la peur des étrangers.

Laissons la peur à ses raisons que la raison ne comprend pas, pour mieux employer le supplément de temps libre qui nous est offert. C’est l’occasion rêvée pour trier enfin la montagne de livres que nous avons accumulés pendant plus d’un demi-siècle. Ainsi ont refait surface les livres qui ont illuminé ma jeunesse, ceux avec lesquels j’ai fait plusieurs fois le tour du monde, à vélo, en 2CV, en voilier, en auto-stop, on the road again, bonjour la nostalgie. Tous les rêves de voyages et d’aventures étaient permis. J’en ai réalisé quelques uns. Ah non de ces livres-là je ne vais pas me séparer !
La paix entre les peuples c’était pour tout de suite, Lanza del Vasto, disciple de Gandhi, disait que ce sont les marchands qui perdraient le monde, alors que la non-violence, la sobriété, le travail des mains et de la terre le sauveraient...Bien sûr je garde tous ses livres, ils sont tellement actuels.
Dans ces temps lointains tout était possible, les frontières ouvertes, la paix était pour demain, Marilyn Ferguson, l’Ere du Verseau, Fritjof Capra, Le temps du changement, je les garde, quel espoir pour l’avenir. C’était aussi mai 68, le Nouvel Age, le flower power, faites l’amour pas la guerre. L’avenir était largement ouvert, tout était possible, on retournait à la nature. Bambois la vie verte de Claudie Hunziker, tiens celui-là aussi nous avait marqué, il a disparu de nos étagères, pourtant je le relirais volontiers.
Des centaines de livres nous ont enrichis, nous ont aidés à mieux vivre, les meilleurs ont survécu à nos déménagements. Je vais jeter quelques polars, ainsi d’autres oeuvres que j’ai aimées mais qui me paraissent insipides aujourd’hui.
Mais, tout bien réfléchi, je vais en conserver le plus grand nombre et consacrer tout ce temps offert pour les relire et retrouver le meilleur des émotions que j’ai vécues.

François Choffat | Médecin de dernier recours

 

Subventions, subsides, aides, soutiens à la culture, à la littérature, à la création, aux auteurs, aux éditeurs, aux publications, aux libraires (!)

Mon amie librairie de la Librairie Folies d'encre à Seine Saint-Denis, Sylvie Labas, est très attentive au lexique, aux mots que nous utilisons sans nous rendre compte toujours de leur signification contextuelle, culturelle, politique et économique.

Je vous livre sa définition des ces mots «subventions», «subsides», «aides», «soutiens»: il ne s'agit pas de dons, d'assistance ou de «gratuité»; non, il s'agit d'une «juste redistribution des richesses».

 

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