Blog

Confinement, contrainte, peur, contamination et … les allergies – Anita Fossaluzza

 

©Pascal Cottin


 L’art de la plume n’est pas le mien, sauf peut-être quand il s’agit de rédiger des recettes de cuisine ou autres articles en relation avec les allergies en tous genres, car j’y suis impliquée depuis plus d’une vingtaine d’années maintenant. Mais je vais tenter de vous exprimer mes pensées présentes de la manière la plus claire qui soit.
          L’infiniment petit nous menace actuellement, nous impose d’être confinés. Il nous fait d’un côté douter de la santé de l’autre, de ses intentions, révèle parfois dans la cohabitation prolongée des traits de personnalité insoupçonnés. Il nous révèle par ailleurs l’élan de solidarités émanant de toutes parts, soulignant, une fois n’est pas coutume, que l’argent ne devrait avoir qu’une valeur symbolique : la santé prime sur tout.
          Je veux rappeler que les personnes allergiques sont confrontées quotidiennement à la contamination, à la restriction, à l’incertitude, voire à la consultation d’urgence et à l’hospitalisation – situations qui s’apparentent à l’épée de Damoclès sur nos têtes.
          Être allergique ou intolérant n’est pas un diagnostic que l’on fait soi-même après avoir lu hâtivement un article sur le net ou dans un magazine. L’avis médical est primordial et obligatoire pour le déterminer. Ce n’est pas un choix de vie. Le déni et l’attitude de l’entourage se retrouvent dans la majorité des cas problématiques et il est courant que l’on soit mis en cause : c’est de votre faute, dans votre tête, c’est des « idées », ça ne peut pas exister. Oh, mais ce n’est pas grave enfin, ça va passer !, vous dit-on.
          Faire un « régime sans » n’est pas alors une sinécure, et cela n’a rien à voir avec un quelconque « effet de mode ». C’est un devoir pour rester en vie. Lorsqu’on y est obligé, c’est une question vitale qui s’impose soudainement du jour au lendemain. C’est un chamboulement de vie, sans indication dans le temps. Les perspectives changent, les priorités sont modifiées et la réalité est implacable. C’est un choc. Vous devez apporter ces modifications, sans tergiverser : votre vie en dépend. C’est réel !
          Le danger causé par des pâtes, cacahouètes ou autres – denrées jusqu’alors inoffensives –, peut s’imposer à vous d’une minute à l’autre. Le quotidien tout entier, pas seulement professionnel ou scolaire, est soudain bouleversé et doit être adapté.
          L’anticipation est primordiale chez un allergique. Il faut tout planifier heure après heure, jour après jour : aller au restaurant (mais y trouverons-nous un repas qui garantit aucune réaction, un cuisinier compréhensif, un environnement adéquat ?), partir en week-end ou en vacances, plus banalement faire des courses (car il faut du temps pour lire toutes les étiquettes d’ingrédients, ne serait-ce que pour s’assurer qu’ils n’ont pas été modifiés par rapport à la fois précédente). Cela demande également un investissement financier plus conséquent car les produits spécifiques (farines, pâtes, etc.) sont onéreux.
          Des situations auparavant banales soulèvent des problèmes insoupçonnés : aller avec des amis dans un bar ou faire la fête suppose une attention et un souci constants, à moins de connaître et faire confiance aux barman/barmaid qui vous serviront la bonne boisson, sans contamination d’aucune sorte. Bière et cidre se confondent et il ne suffit pas de rincer le verre pour l’éviter. Monter dans un avion, un train, quelque véhicule que ce soit imposant de se trouver confiné avec d’autres personnes dans un espace restreint, peut faire surgir des problèmes inattendus, sous la forme d’une simple cacahouète ou d’une noisette par exemple. Avant de monter à bord d’un avion, il aura fallu présenter une ordonnance médicale au contrôle pour pouvoir se munir d’une ou deux seringues d’adrénaline, d’inhalateurs ou de repas adaptés, si la durée du voyage l’exige. Il est aussi parfois gênant de devoir préciser sa situation lors de rencontres, invitations, partages, discussions, entretiens d’embauche, service militaire… ou lorsqu’on fait de nouvelles connaissances.


          Un coronavirus, invisible aux yeux du monde entier, a déclenché hystérie d’achats, commerces dévalisés, bousculades et incivilités. Des étals vides impliquent un problème de plus à gérer pour les allergiques/intolérants. Ils consomment peu de produits de tout l’assortiment proposé. S’ils viennent à en manquer, ils devront faire avec, sans possibilité de se « rabattre » sur autre chose. Une pénurie est une situation de nécessité supplémentaire pour certains d’entre eux, qui n’ont pas d’autre choix que de se nourrir de tel ou tel produit.
          La pandémie actuelle a cela de bon que tout un chacun va (devoir) se mettre à cuisiner, confiné qu’il est. Cuisiner, contrairement à l’idée reçue, peut se faire autrement qu’en passant des heures en cuisine. Les mets les plus simples sont souvent les meilleurs et les plus sécuritaires pour gérer des allergies et se régaler.
          Cuisiner est un partage, une réalisation à modifier, améliorer, varier à l’envi. C’est un acte de création. Suivre une recette c’est bien, mais l’adapter sans cesse c’est mieux – il en est ainsi d’un peintre qui, représentant un sujet topique, improvise en jetant les pigments sur la toile.


          Quand on est allergique, le Covid-19 est un souci de plus à gérer. Les allergies impliquent chaque jour de se laver les mains, prendre ses distances, éviter la contamination, vivre dans un lieu protégé, être strict et conscient, prendre soin de soi, être différent. Le coronavirus oblige en plus à rester chez soi, mais momentanément.
          On souhaiterait, dans le contexte actuel, vous demander de modérer votre jugement sur les personnes qui présentent des signes de toux et/ou rhume. Le printemps débute. Les arbres dispersent leurs pollens. Bon nombre de personnes allergiques en ressentent les effets, d’où rhinites et autres, lesquels provoquent des symptômes proches de ceux du Covid-19. Pour un allergique cette situation est annuelle, pluriannuelle, perannuelle, mais pas extraordinaire.
          On souhaiterait aussi vous enjoindre de rester confinés maintenant et pas demain, pour sauver, si ce n’est votre vie, celle des autres. C’est l’occasion de reprendre pied, de faire ce dont on a envie mais jamais le temps : regarder par la fenêtre la nature reprendre ses droits et nous offrir fleurs printanières et nouveaux bourgeons sans être gêné par leurs pollens, partager des moments familiaux privilégiés, faire de l’ordre dans ses idées ou ses affaires, relativiser, prendre soin de soi (chaque personne est importante, et la première, c’est vous).
          Je voudrais rappeler, si vous êtes allergique, que vous devez continuer coûte que coûte votre traitement de fond, ne surtout pas l’arrêter sans avis médical
          Après tout cela, il est bon de rappeler que la vie est belle et mérite d’être vécue avec tous ses aléas et ses petits bonheurs.


Anita Fossaluzza
Auteur de Recettes pour faire la nique aux allergies, Ed. d’En Bas
Fondatrice et présidente de l’association allergissima
Version intégrale sur notre page Facebook, rejoignez-nous !

©Anita Fossaluzza, mars 2020

<< Retourner à la page précédente

TwitterG+LinkedInDiggDiggDiggDiggDigg