Collection bilingue

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Rut Plouda | Comme si de rien n'était/Sco sca nüglia nu füss

Francesco Micieli | Ich weiss nur, dass mein Vater grosse Hände hat / Je sais juste que mon père a de grosses mains

Nora Gomringer | Klimaforschung/Recherche climatique

Zsuzsanna Gahse / Logbuch - Livre de bord

Américo Ferrari | Figura para abolirse/Figure pour s'abolir suivi de La fête des fous/Fiesta de los locos Forteresse européenne et les réfugiés

Beat Christen | Leer réel

Arno Camenisch, Sez Ner

Erika Burkart | Langsamer Satz/Mouvement lent

Fabiano Alborghetti | Registro dei fragili / Registre des faibles

Leopoldo Lonati | Le parole che so / Les mots que je sais

Pierre Lepori, Qualunque sia il nome / Quel que soit le nom

Francesco Micieli | Ich weiss nur, dass mein Vater grosse Hände hat/Je sais juste que mon père a de grosses mains

Francesco Micieli
Ich weiss nur, dass mein Vater grosse Hände hat/Je sais juste que mon père a de grosses mains 
Traduit de l'allemand par Christian Viredaz

Collection bilingue – coédition en bas / Centre de Traduction Littéraire de Lausanne / Service de Presse Suisse

2011 | 12.5 x 20.5 | relié | 196 p.
ISBN 978-2-8290-0411-7
CHF 28.- | € 18.50.-

 


Mein Vater ist im Ausland.
Wenn man im Ausland ist, ist man weit weg.
Hinter den Bergen.
Und man kann nur einmal im Jahr kommen.
Weil mein Vater weit weg ist, schickt er Geld.
Damit meine Mutter und ich leben können.
Mon père est à l’étranger.
Quand on est à l’étranger, on est très loin.
Derrière les montagnes.
Et on ne peut venir qu’une fois par année.
Parce que mon père est très loin, il envoie de l’argent.
Pour que ma mère et moi puissions vivre.

Ecrit en allemand, Je sais juste que mon père... porte cette étrangeté fondamentale jusque dans son titre: l’enfant ne connaît plus son père parti travailler derrière les montagnes. Les poèmes disent en phrases lapidaires, qui touchent juste, la douleur de l’enfant abandonné. «A Noël, nous jouons l’histoire / de Jésus. / Ses parents aussi ont émigré. / Mais ils l’ont emmené avec eux.» Sauf que quand les parents reviennent, ils sont devenus lointains et l’enfant ne veut pas les accompagner dans le pays froid. «C’est un pays sans grand-mère / et sans tante. / On est seul.» C’est là le déchirant paradoxe de tous les émigrés, nostalgiques d’une terre d’origine à jamais disparue et étrangers dans le pays d’accueil – «déterritorialisés». La langue pourrait-elle être un nouveau point d’ancrage? Pas sûr. Pour tenter de saisir cette étrangeté fondamentale, Micieli cisèle des textes brefs et denses qui surgissent comme une respiration entre deux plages de silence. Mis bout à bout, ils forment un long poème en prose traversé de fragments narratifs. Dans la mise en page, le blanc prend plus de place que le texte: il est ce qui, dans la traduction de l’expérience en mots, «reste intraduisible, ce qui résiste aussi à sa transposition en narration continue», écrit encore Daniel Rothenbühler. Impossible de tracer une histoire cohérente du déracinement, qui restera fragmentaire. Mais cette fragmentation possède ici une densité rare, une grande puissance évocatrice et poétique. (Anne Pitteloud, Le Courrier, 02.09.2011)

Né en 1956 à Santa Sofia d'Epiro, en Italie, Francesco Micieli est aujourd'hui auteur indépendant et habite à Berne. Il vit en Suisse depuis 1965. Il a fait des études d'allemand et de langues romanes à Berne, Cosenza et Florence avant de devenir comédien, auteur et metteur en scène.


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