Thomas Hürlimann | L’Ambassadeur

Thomas Hürlimann
L'Ambassadeur
Traduit de l'allemand par Gilbert Musy

1993 | 84 p.
ISBN 978-2-8290-0194-9
CHF 21.40.- | € 14.-

 

 

 

 

[ Recommandation de Literatur Schweiz ] Le föhn peut bien rugir, cela n’empêchera pas le père aveugle de sortir les guirlandes, lampions et autres drapeaux pour accueillir son fils Heinrich. Après tout, son fils rentre d’une mission accomplie avec succès, le jour de la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945.  Il a dirigé «à une grande époque difficile» la légation berlinoise et préservé ainsi avec adresse la Suisse de la guerre. Toutefois, la fête de bienvenue familiale tourne au désastre dans la pièce de théâtre de Thomas Hürlimann «Der Gesandte» (Première: Schauspielhaus Zurich 1991): le Conseil fédéral laisse tomber Heinrich Zwygart, prétendant que seule «la volonté de résistance sans faille du général» a sauvé la Suisse et non cette valse hésitation diplomatique avec le troisième Reich, entre alignement et neutralité. Considéré comme un «traître à la patrie», Zwygart se retrouve alors isolé et condamné à l’oubli général. Et sur la neige épaisse s’effacent ses empreintes au son d’un air de piano de Richard Wagner.

Créée pour le 700e anniversaire de la Confédération et provocante, la pièce de Thomas Hürlimann met en exergue une époque charnière où certains politiciens opportunistes et retors changeaient de convictions aussi rapidement qu’ils redéfinissaient leur conception de l’histoire suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Dans les remous de ce genre de mensonges collectifs, on oublie ceux qui, comme Zwygart, continuent d’insister sur leur importance historique, à l’image de ce Hans Frölicher, ambassadeur mondain et controversé de la Suisse à Berlin de 1938 à 1945 et modèle du personnage.

(Severin Perrig, trad. par Marielle Larré)

[ Citation préférée ] «Es braucht auch Männer mit Phantasie in der grossen Politik. Nicht zu viele, Gott behüte, aber ein paar davon braucht es.»

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