Rétrospective sur 50 ans d’édition
Les éditions d’en bas, ce sont d’abord des personnes qui, dès 1976, souhaitent donner la parole à celles & ceux que l’on n’entend pas, valoriser l’en bas en offrant un espace où leurs témoignages ont toute leur place; proposer un éclairage sur des thématiques de société et des contextes historiques parfois méconnus, des essais critiques, des publications qui relèvent du domaine des sciences sociales et des luttes politiques. C’est également une littérature traduite et francophone de qualité qui fait découvrir d’autres voix.
Le fondateur des éditions d’en bas, Michel Glardon avec un groupe soudé et aguerri de compagnons de route pour qui la militance culturelle et politique était une évidence se sont lancés dans l’aventure. Ce groupe d’ami·e·s c’est aussi un comité de lecture qui, pendant de nombreuses années, propose, avise, encourage, débat et sélectionne. Michel Glardon était un précurseur qui a su reconnaître l’importance de thématiques peu médiatisées à l’époque et en révéler la pertinence.
Des thèmes qui sont restés dans nos préoccupations actuelles, comme la question du nucléaire, du paupérisme, de la migration, de l’antimilitarisme, des droits politiques et civils des hommes et des femmes face à la police et au système carcéral ou des politiques qui ne s’inquiètent que trop peu de l’application des lois qu’elles se limitent à entériner.
En 2001, Jean Richard reprend le flambeau allumé et entretenu par la bande à Glardon, il continue à porter des titres engagés et à pérenniser des collections phares, comme les cahiers de l’AHÉMO, la collection Vos droits, la collection Ethno-Poche devenue Ethno-Doc et à valoriser la littérature, notamment traduite pour dépasser les frontières linguistiques suisses et en dehors grâce à des traductions de textes en prose ou des textes poétiques, bilingues ou non. L’esprit reste le même : donner accès et rendre visible le vécu de son voisin, ou d’un inconnu à des milliers de kilomètres de soi.
Les éditions d’en bas créent la collection bilingue avec le CTL, Centre de traduction littéraire de l’Université de Lausanne et renforce ainsi le travail de traduction déjà présent au début de l’aventure d’en bas, grâce notamment à la longue amitié et collaboration entre Gilbert Musy et Michel Glardon. Les éditions d’en bas publient la version française de la revue Feux Croisés devenue Viceversa littérature qui avec ses itérations en suisse-allemand et en italien ont pour but de valoriser la littérature suisse en dépit des barrières des langues nationales.
Les éditions d’en bas participent en 2001 à la fondation de l’Alliance des éditeurs indépendants regroupant aujourd’hui plus de 130 maisons d’édition issues de cinq continents et représentant six réseaux linguistiques à travers le monde. Cette mise en réseau a permis des collaborations Nord-Sud et Sud-Sud respectant les réalités économiques des pays du Sud et renforçant le travail des éditeurs indépendants à travers le monde. Du reste les éditions d’en bas ont été reconnues pour ses nombreux engagements, quand elles et Jean Richard ont reçu en 2021 le Prix Enrico Filippini qui a salué les diverses facettes de la complexité culturelle helvétique.
La politique éditoriale des éditions d’en bas depuis 50 ans s’appuie sur plusieurs aspects : l’esprit de coopération, associatif, dans sa volonté de créer des groupes, réseaux de collaboration, en privilégiant le collectif par rapport à l’individuel, là où tout semblerait pousser vers la fracture sociale, continue à tisser du lien pour faire sens du quotidien. L’aspect militant, caractère distinctif des éditions d’en bas a pour but de défendre ses liens et les personnes qui les nouent.
Les éditions d’en bas c’est aussi …
Les éditions d’en bas ce sont les auteurs & autrices, celles & ceux qui ont fait et continuent à faire les éditions, qui les ont soutenues, les ami·e·s, les entreprises partenaires de confiance : correctrices & correcteurs, graphistes, imprimeu·r·e·s, lithographes et relectrices & relecteurs …
Les éditions d’en bas c’est valoriser des fonds éditoriaux légués pour ne pas être voués à disparaître comme les Éditions Demoures, À plus d’un titre, Réalités sociales) ou des catalogues à diffuser/distribuer (Éditions Mamamélis 1998-2015, Small Potatoes Editions, collectif Trames).
En 2022, les éditions d’en bas confient à SERENDIP livres, la diffusion et la distribution en librairie, en dehors de la Suisse. Cette structure, à l’écoute des artisans du livre et rassemblant une centaine de maisons d’édition, est basée sur l’humain, favorise la bibliodiversité, la défense du réseau des librairies de proximité, le refus d’un modèle qui parasite les échanges de savoir et se propose comme une alternative aux plateformes de marchandisation du désir. Dans cette même lignée les éditions d’en bas ce sont des engagements forts : refuser de travailler avec Amazon et Paypal, la soi-disante « intelligence » artificielle, défendre l’édition indépendante qui est tout sauf « petite », n’avoir pas peur de l’exigence intellectuelle, tant dans des choix littéraires que des choix d’essais qui poussent le lecteur à re-penser les réalités qui l’entourent.